"1,2 milliard de Martiens"

- Chap 4 : Dégoût et des Couleurs -  

Benoît SAINT GIRONS

 

Du point de vue du mauvais goût, la Chine est un pays on ne peut plus égalitaire : riches ou pauvres, citadins ou paysans, tous clament haut et fort leur préférence pour ce qui est cher et laid. Dès qu'ils peuvent se le permettre, les chinois s'empressent d'enlaidir leurs appartements. Des grappes de raisins en jade aux écrevisses en plastiques en passant par les tableaux de voitures de sport auto-éclairants, le chinois n'a que l'embarras du choix pour récréer chez lui l'univers kitsch qu'il affectionne.

Les visites des lieux touristiques sont l'occasion de s'approvisionner à moindre frais. Les vendeurs de "souvenirs" proposent toute sorte d'horreur à partir de quelques yuans. A Shaolin, les sabres et autres épées de "samouraï" chinois sont les articles rois, juste devant les... gratte-dos ! Le plus bel objet se trouve dans cette catégorie : un gratte-dos en plastique blanc représentant une femme nue sous un énorme coeur. Les marteaux-à-faire-du-bruit, théières-boussoles (pour la disposition des tasses ?) et autres bouddha-qui-rient-quand-on-les-touche sont ridiculisés ! Autres articles prisés des chinois : les boules de "Noël" couleur locale : coeurs multicolores et pièces d'or US$ remplacent la neige et c'est Bouddha lui même qui se les prend sur la figure lorsqu'on les retourne. Une variante intéressante : un Bouddha femelle assis sur un lotus contemple sereinement une planche à voile voguant sur un liquide bleuâtre... Le reste du stand est plus "classique" : bracelets et colliers de toutes les formes et de toutes les matières et couleurs, figurines d'enfants ou de Bouddha, éventails, boules de santé, presses papiers, portes photos et, bien sûr, les “quatre trésors du lettré” : encriers, pinceaux, pierres à encre et papiers... Tout ce qu'un chinois normalement constitué se doit de posséder chez lui.

[...]

Leçon de photo à la chinoise.  Première étape : sélectionner un lieu touristique, chinois de préférence. Deuxième étape : observer ce que tout le monde "photographie", une porte, par exemple. Troisième étape : demander à son conjoint ou conjointe de prendre la pose devant la porte. Quatrième étape : cadrer de manière à ne plus voir la porte, plier les genoux pour faire professionnel et déclencher. Cinquième étape : demander à son conjoint ou conjointe de passer derrière l'appareil pour avoir également un souvenir de la porte cachée par soi-même. Une variante à ce qui précède consiste à poser ou à faire poser devant ce qui présente le moins d'intérêt possible, ce qu'il y a de plus laid aux alentours. Ainsi, en cachant ce qui n'est de toute façon pas montrable, le chinois "photographe" arrive à donner une réelle utilité esthétique à sa photo : moins par moins, cela fait plus... 

 

  

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