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Chap 10 : ... n'a pas d'odeur ! -
Benoît SAINT GIRONS
La religion de l'argent impose des sacrifices rituels. La morale et l'honnêteté en sont encore souvent les innocentes victimes. Nous ne nous attarderons pas ici sur la criminalité dans les villes en pleine croissance qui a augmenté en moyenne de 10% par an depuis les années 80. Il est évident que l'argent facile a de quoi séduire les esprits faibles qui, de toute façon, n'ont rien à perdre : la moitié des crimes perpétués à Pékin (et jusqu'à 80% dans certaines zones périphériques) serait ainsi le fait des travailleurs migrants. L'âge des délinquants est également en chute libre : en 1991, 68% des cambriolages à main armée, 50% des meurtres et 80% des agressions avec coups et blessures auraient été perpétués par des jeunes de 14 à 18 ans.
Le gouvernement le sait et organise à l'occasion des opérations policières de grande envergure style "nettoyage de printemps" afin de “tuer le poulet pour effrayer les singes” : lors de la “Campagne pour réprimer, écraser et combattre la criminalité selon les principes de rapidité et de sévérité” démarrée en août 1983, le gouvernement reconnaît avoir exécuté 10 000 personnes et incarcéré 1 700 000. Re-belotte en avril 1996 avec la campagne “Frappons durement les criminels !”. Pas de pitié pour la criminalité inorganisée : selon Amnesty International, 17 chinois furent condamnés à mort tous les jours en 1996 et 4.367 furent exécutés...
En 1993, le propriétaire d'une nouvelle Mercedes à Hong Kong avait une "chance" sur quatre de se la faire voler dans l'année. Direction les hauts dignitaires de la RPC. Cela faisait un peu désordre puisque l'on roule à gauche à Hong Kong et à droite en Chine. Depuis, le trafic a cessé et la mafia chinoise s'est réorganisée en conséquence. De même que les Yakuza au Japon, les Triades chinoises ont pignon sur rue et contrôlent les lieux de plaisirs et de débauches et ses indispensables accessoires : drogue, jeu, prostitution. Une autre activité lucrative consiste à faire le tour des chantiers et à proposer une "assurance" anti-casse aux entrepreneurs et sous-traitants chinois. Ceux qui refusent constatent rapidement une recrudescence des vols et autres "accidents" qui endommagent le matériel et retardent les travaux. Les triades ont des arguments de choc. La plus célèbre à Hong Kong est connue sous le nom de “Sun Yee On” (Nouvelle Rigueur et Paix), que le ministre chinois de la Sécurité publique, Tao Siju, qualifia en 1993 de “patriote”. Patriotes également et donc longtemps tolérées par le Kuomingtang, les triades de Taiwan : dans les années 30, le nationaliste Chiang Kaishek leur demanda de l'aider à vaincre les communistes et c'est ensemble, en 1949, qu'ils s'enfuirent vers Taiwan. Le continent n'eut toutefois aucun mal à renouveler son "stock" et, aujourd'hui, plus de 150.000 gangs seraient présents sur le territoire chinois...
En théorie, tous les chinois sont égaux devant le saint parti et ses organes administratifs, policiers ou judiciaires. En fait, la réalité est souvent entachée de bleu, couleur des billets de 100 yuans à l'effigie, il est vrai, de Mao et de ses acolytes (le Premier ministre Zhou Enlai, le président Liu Shaoqi et le maréchal Zhu De). Les billets discrètement échangés ouvrent les portes, accélèrent les coups de tampons, règlent les contentieux, retournent les situations, provoquent la bienveillance des officiels ou leur font perdre la mémoire. En 1994, les "cadeaux" ont représenté jusqu'à 5% du coût d'exploitation des sociétés présentes en Chine.
Le responsable des bains publics commençait à m'énerver sérieusement : non content d'augmenter tous les jours ses tarifs, il m'accueillait régulièrement avec une série d'aboiements. J'exposais mon affaire à quelques étudiants : “S'il veut me mordre, pourrai-je taper dessus ?” - “Oui, bien sûr !” - “Je n'aurai pas de problèmes avec la police?” - “Si, mais il suffira que tu leur donnes de l'argent” - “Combien ?” - “100 yuans” 70 francs pour casser la gueule à un chinois ? Le tarif est honnête...
Les revenus d'un officiel sont donc composés d'un fixe payé par le gouvernement (environ 400 francs par mois pour un policier) et d'un variable, proportionnel au zèle que le fonctionnaire met à faire malhonnêtement son travail. Entre fermer les yeux ou devoir augmenter les salaires de la fonction publique, le gouvernement a pour le moment tranché. Tout juste se borne-t-il, périodiquement, lorsque la corruption est trop importante ou trop visible, lorsque les média ont eu vent de l'affaire ou lorsque la personne impliquée est en disgrâce politique, à frapper un grand coup sur la table. Arrestations et exécutions rappellent au bon peuple la règle fondamentale de la corruption : la discrétion.
Grands seigneurs, les chinois négocient rarement les prix lorsqu'ils sont en voyage touristique. Ils ont tort. Une vendeuse de glaces/boissons de Shaolin m'expliquait en souriant comment elle arnaquait ses compatriotes : “Tu vois, la canette de coca, je l'achète 2.3 yuans et je la revend de 3 à 5 yuans selon la bobine du client. Même chose pour la bouteille d'eau ou les glaces : ceux qui ne connaissent pas le prix se font avoir”. Mais l'avidité des commerçants peut également prendre une forme plus dramatique. En juillet 1994, une chinoise de 32 ans fut victime en pleine rue de Hong Kong d'un malaise cardiaque. Elle passa toute la nuit sur le trottoir avant que quelqu'un n'appelle enfin une ambulance, mais il était trop tard. Les journalistes demandèrent à une marchande de journaux qui avait observée la scène deux heures durant pourquoi elle n'était pas intervenue : “J'étais trop occupée. J'avais trop de clients. Peut-être que s'il y avait eu moins de clients, je serais intervenue...” Suite à cet incident, des journalistes décidèrent d'organiser des malaises fictifs : un chinois et un occidental allaient feindre de tomber dans les pommes pour tester la réaction des habitants. Résultats de l'enquête : le chinois tombe dans une indifférence presque générale. L'occidental est, lui, rapidement secouru, notamment par des philippina dont la gentillesse naturelle n'a d'égale que leur romantisme vis à vis des potentiels "princes charmants". Occupés à compter leurs sous, les "vrais" hongkongais ralentissaient à peine leur course...
- “Parce que c'est toi, je te le fais à 14 yuans” Traduction : “Parce que tu as une gueule d'occidental, je t'arnaque de 6 yuans” - “Mes amis chinois m'ont dit que cela coûtait de 8 à 9 yuans” - “Bon, d'accord : 10 yuans !” Traduction : “Zut alors, ce n'est pas un vrai touriste mais je vais quand même essayer de lui vendre plus cher” - “Ecoutez, puisque je suis étudiant ici, il me semble que je devrais payer le prix chinois” - (L'air navré) “OK, va pour 8 yuans...” Traduction : “Tant pis, je n'ai pas réussi à être malhonnête cette fois-ci mais je me rattraperai la prochaine fois”
A part dans les grands magasins où les prix sont affichés et en général peu négociables, faire des achats en Chine relève de la loterie. Les prix sont à la tête du client et les faciès d'étrangers comptent double ou triple. Durant une semaine, l'occidental fera donc la charité aux chinois. Ensuite, une vingtaine d'arnaques plus tard, il sera familiarisé avec les tarifs et pourra aborder la deuxième étape : la négociation pour obtenir le juste prix. Pour les objets inconnus et onéreux, le touriste avisé se fera accompagner d'un chinois de confiance qui feindra d'acheter lui même le produit : le vendeur ne sera pas dupe mais, devant une telle organisation, se retrouvera quelque peu désarmé : la bataille sera menée sans réelle conviction et l'article finalement cédé, un comble, à prix chinois. Victoire ? Pas encore ! Il convient maintenant de s'assurer que l'article est conforme à ce que l'on a payé, neuf et que tous les accessoires se trouvent bien dans une boite d'origine. Cette enquête approfondie devra évidemment être menée en amont : dès que l'on a payé, on cesse d'être un client pour devenir un enquiquineur. Les chinois n'ont pas encore très bien saisi le concept de service après vente...
Les chinois seraient-ils doués pour la politique ? A voir avec quelle régularité ils manquent à leurs promesses, on serait en droit d'y penser. Tout est possible avant d'avancer l'argent : grands sourires et tapis rouge ! Ensuite, ce n'est plus leur problème : les promesses n'engagent que ceux qui y croient; demain est un autre jour; ce que j'ai dit hier ne m'intéresse pas... “Tout contrat signé l’est à perte pour les occidentaux. Au palmarès de la crédulité et de la suffisance, les Français en poste en Chine raflent les premiers prix.” écrit Bernard Degioanni. (1) Faire des affaires en Chine impose donc mille précautions et nombreux sont les occidentaux à y avoir laissé des plumes. Comme le disait un homme d'affaires : “On peut tout perdre en Chine, même la tête” . Pendant que vous avez encore la votre, méditez également l'avertissement suivant : “Au début, les chinois possèdent une meilleure compréhension du système et les entrepreneurs (étrangers) ont l'argent. A la fin, les chinois ont l'argent et les entrepreneurs une meilleure compréhension du système.” (2)
Les chinois sont souvent réfractaires à l'idée du contrat. Normal ! Qui diable souhaiterait signer un aveu d'escroquerie ! Un contrat signé ne signifie de toute façon pas grand chose: le chinois trouvera maintes excuses pour justifier son comportement et sait que la justice chinoise sera au mieux inefficace, au pire conciliante car patriote et xénophobe. Sont-ils sensibles au fait qu'un tel comportement est préjudiciable pour leur image ? A peine : les chinois sont conscients de leur attractivité et savent que nombreux sont les occidentaux à attendre à la porte. De plus, il est bien plus rentable d'en rouler plusieurs que d'en satisfaire un sur le long terme. Ils ont de toute façon un argument imparable : la Chine est encore un pays en développement. On s'en doutait un peu...
Plus sérieusement...
La Chine serait-elle le pays des arrivistes ? Tous les moyens seraient-ils bons pour faire de l'argent chinois ? Il est sûr que la Chine est désormais engagée dans un processus d'enrichissement massif, rapide et encore mal contrôlé: lorsque 1.2 milliards de chinois rêvent de faire fortune, il s'en trouve forcément pour essayer les raccourcis. Il serait toutefois injuste de généraliser ou de limiter ce genre de désagréments à la Chine : la délinquance existe dans tous les pays (même à Singapour !) et l'Asie dans son ensemble est toujours bien plus sûre que la plupart des pays occidentaux. De même, il est évidemment possible de faire des affaires en Chine : la Chine aura encore besoin durant quelques dizaines d'années des capitaux et de la technologie étrangère pour alimenter son développement. Ensuite, l'économie arrivée à maturité, la Chine, maître du jeu, abattra ses cartes et remportera la mise. Faire des affaires en Chine devrait être, à terme, un jeu sino-chinois...
Il y a plus de 40 ans, Lin Yutang écrivait : “Il se peut que la corruption ou "squeeze", soit un vice public, mais elle est certainement une vertu familiale.” Et d'expliquer que le concept confucéen d'un gouvernement de “gentlemen” (auquel on peut faire confiance), à l'inverse de la conception légaliste du gouvernement par la loi de Hanfeitse (auquel la loi demande des comptes et condamne les abus), était à l'origine de la corruption quasi généralisée du gouvernement chinois et de ses fonctionnaires de l'époque. Et cela en toute impunité. Confucius, dans le "Livre des Rites" n'écrivait-il pas : “La courtoisie ne s'étend pas au commun du peuple, et les châtiments ne sont pas prévus pour les seigneurs.” Quoi de plus naturel, alors, que de favoriser sa famille ou les amis de sa famille en leur procurant du travail, ou encore de travailler à ses intérêts privés du haut de son piédestal de haut dignitaire ? La situation a heureusement quelque peu évolué et la corruption gouvernementale, si elle existe toujours comme dans tous les pays, semble aujourd'hui en retrait par rapport aux personnes véritablement dévouées à la cause publique. Le modèle chinois est Singapour et Singapour est, sans doute, l'un des pays les moins corrompu au monde...
La corruption des fonctionnaires et des représentants politiques locaux est un autre problème. Mais il y a eu, là aussi, et sans doute moins sous la pression de la loi que du fait de la vindicte populaire, une évolution : le fonctionnaire ne se sert plus comme dans le passé dans le panier des ressources de l'état en toute impunité. Lorsque les média découvrirent en 1995 qu'il manquait 2,2 milliards US$ dans les fonds municipaux de la ville de Pékin, le responsable de la section locale du parti Chen Xitong fût limogé en même temps que 18 autres membres et son assistant, Wang Baosen, se suicida.
De toute façon, aujourd'hui, le panier est presque vide. L'état a ainsi demandé à l'armée de s'autofinancer en se lançant dans le business et, à l'heure actuelle, la P.L.A. (People Liberation Army) est le premier employeur de Chine (plus de 25 millions d'employés) au travers de 20 000 à 30 000 entreprises "privées" dans des secteurs aussi différents que les discothèques, l'hôtellerie, le textile, les transports aériens, les médicaments ou l'élevage des cochons. La police n'est pas en reste et va parfois jusqu'à se rémunérer au travers des activités, la prostitution ou le jeu par exemple, qu'elle est censée limiter.
S'il n'est pas devenu chef d'entreprise ou proxénète, le fonctionnaire sera peut être tenté d'arrondir ses fins de mois en accordant ses faveurs aux chefs d'entreprise ou aux proxénètes... Telle est la vraie face de la corruption aujourd'hui en Chine et le problème auquel est confronté le gouvernement. Un mot court à Pékin : “Si vous luttez contre la corruption, vous ruinez le Parti; si vous n'arrêtez pas la corruption, le peuple vous chassera.” (3) La notion de "faveur" fait partie, avec les notions de "face" et de "fatalité" de ce que Lin Yutang nomme “La Triade Femelle” et définie comme étant “les trois lois immuables de l'univers chinois”. Elle a toujours existé et existera toujours : les "faibles" chercheront toujours à bénéficier des largesses des "puissants". C'est un sentiment naturel et il en est de même dans tous les pays du monde. En France, cela s'appelle “faire jouer ses relations” ou “être pistonné”. Le système de Guanxi ("relation") chinois est un peu différent dans le sens où la faveur a souvent une connotation plus financière qu'amicale ou sentimentale : elle est accessible à tous ceux qui en ont les moyens et donc, dans un sens, plus "égalitaire". Certains diront même qu'elle joue le rôle de soupape de sécurité ou de Robin des bois : ceux qui se sont enrichis redistribuent une partie de leur argent à la base, évitant ainsi de trop grandes disparités, sources de mécontentements et d'instabilité sociale. Certains ouvriers des entreprises publiques ruinées reçoivent ainsi des allocations provenant de caisses noires en lieu de salaire... L'attitude des marchands envers les touristes procède sans doute aussi de la même logique : “Ils ont de l'argent. Il est donc normal que je les aide à en redistribuer au profit de ma famille.”
Mais tout cela ne saurait masquer les aspects pervers du système : l'inégalité des citoyens devant la loi bien sûr, mais aussi le faible standard et la lenteur des procédures administratives "non subventionnées" ou encore le zèle des forces de l'ordre à verbaliser pour augmenter sa cagnotte. Aux USA, ceux qui ont de l'argent encourent le risque d'un procès. En Chine, de subir le zèle d'un fonctionnaire. Ce n'est évidemment pas une fatalité: Hong Kong et Singapour sont là pour témoigner que la corruption, tentation finalement naturelle, ne résiste pas à l'application de la loi et aux dénonciations téléphoniques. Le problème de la Chine tient à sa relative pauvreté, aussi bien légale que salariale. Les chinois ne reporteront la corruption dont ils font les frais qu'à partir du moment où ils seront sûrs de ne pas s'attirer plus d'ennuis. En 1994, 30 000 d'entre-eux auraient tout de même tenté leur chance en portant plainte contre des "officiels". Mais combien préférèrent toujours se désintéresser de politique, en général, et de la vie de leur voisin aussi fonctionnaire et corrompu soit-il, en particulier ? Et combien, à tout prendre, préférèrent encore inviter leur voisin à déjeuner ?
Survivre en Chine...
Evitez de trop fréquenter les postes de police, surtout dans les coins perdus où elle s'estime "intouchable". D'après le guide touristique "Lonely Planet", un occidental s'est vu un jour infliger une amende pour être rentré demander un renseignement. D'un autre côté, une attitude fuyante à toute approche d'uniforme serait bien suspecte... Les policiers sont avant tout des chinois comme les autres.
Méfiance lors de vos achats, surtout importants. Il est indispensable d'avoir une idée du prix et de bien connaître le produit. Si vous vous faites rouler, soyez philosophes et pensez à la sagesse de Confucius : “C'est en enrichissant les autres que l'on s'enrichit soi-même.”
La règle de la "faveur" est écrite en chinois et vous n'avez pas forcément la clé pour “passer par la porte de derrière” : difficile de dire si le billet glissé dans votre passeport sera considéré comme un dû ou comme une insulte. Il n'est pas besoin de recourir à de telles pratiques pour obtenir satisfaction et, pour ma part, je n'ai jamais rien donné au delà du sourire et du remerciement.
Avoir des amis chinois facilitent les démarches qui sortent de l'ordinaire (prolongation du passeport au delà du droit théorique ou logement atypique par exemple). Vos amis sauront qui contacter et s'il est nécessaire ou non de "remercier" le fonctionnaire en question pour sa "sympathie" à votre égard.
Si Pékin reste encore relativement sûre, des villes comme Shanghai, Canton ou Shenzhen invitent à la vigilance. En règle générale, soyez aussi prudent la nuit dans les grandes villes chinoises que vous le seriez en France. Soyez encore plus prudent dans les gares ou les autobus : les pickpockets sont légions. Les violences physiques à l'égard des étrangers sont rares... mais le vol d'un passeport peut vous gâcher votre séjour ! Bannir la "banane" voyante, véritable provocation, au profit de la pochette ventrale et préférez les Travellers cheques à l'argent liquide. Enfin, évitez de suivre n'importe qui dans la rue, surtout les "étudiants en anglais", dans les endroits les plus chers de la ville. Refusez également toute offre de boissons ou d'aliments inconnus. Bref : en voyage, soyez un peu parano...
(1) Bernard
Degioanni "Des vélos plein la tête" Op. cit.
(2) Fred Schneiter "Getting
along with the Chinese" Op. cit.
(3) Cité par M.
Alain Peyrefitte "La Chine s'est éveillée" op. cit.
1.2
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