"1,2 milliard de Martiens"

- Chap 12 : Classe tourisme -  

Benoît SAINT GIRONS

 

A entendre dire aussi souvent que la Chine, leur pays, était un grand et beau pays, les chinois ont fini par vouloir le vérifier directement. Car durant des années, la propagande officielle faisait saliver sans pour autant offrir les billets : le hukou, le fameux certificat d'hébergement-passeport intérieur, limitait les déplacements. Ce genre de frustration ne subsiste désormais que pour les "Zones Economiques Spéciales"  et pour ceux qui n'ont pas les moyens de se payer le billet de train, de bus ou, à fortiori, d'avion. Ils restent nombreux. Car au lieu d'aligner les tarifs des étrangers sur les prix chinois, c'est tout le monde qui paye désormais son billet de train au prix laowai. Tout bénéfice puisque les trains restent bondés. Le métro (privé) de Hong Kong applique cette politique depuis des années : au lieu d'améliorer le service pour désengorger le trafic, il augmente régulièrement les tarifs de manière à, soit disant, orienter les usagers vers d'autres moyens de transport. Cela évidemment ne décourage personne, les wagons ressemblent toujours à des boîtes de conserve aux heures de pointe mais la rentabilité est à la hausse. En Chine, l'augmentation du coût des transports visait sans doute également à éviter de trop grands mouvements de population, notamment des campagnes "pauvres" vers les villes "riches". C'est raté ! La Chine compte officiellement 110 millions de travailleurs migrants "journaliers" (da gong) ou "aveugles" (mangliu) puisque venus sans contrat de travail. Ces SDF made in China se concentrent surtout aux abords des gares et rendent l'approche de celle-ci aléatoire (se munir d'une machette pour se frayer un passage jusqu'à l'intérieur).

Le premier challenge du voyage consiste à acheter son billet de train. Celui-ci doit être à point : acheté ni trop tôt (les billets ne sont pas disponibles), ni trop tard (il n'y a plus de place). Le choix de la classe n'est pas compliqué mais toujours source d'une légère appréhension: soit devoir payer une fortune (chinoise) pour le "coucher-mou", soit se retrouver dans l'enfer de "l'assis-dur". Mais avant d'aboyer sa destination à la préposée et attendre fébrilement sa réponse (“Il y a” : Alléluia, c'est gagné ou “Il n'y a pas” : Les ennuis commencent), il convient de passer toute une série d'épreuves. Prendre le train se mérite et la gare est une école de patience. Première épreuve : repérer le guichet correspondant à sa destination. Deuxième épreuve : prendre la file d'attente, si possible autre part que dans la figure. Troisième épreuve : repousser les assauts des chinois qui, inévitablement, essaieront de passer devant. Quatrième épreuve : une fois devant le guichet, camper solidement sur sa position et faire comprendre aux mains chinoises qui dépassent qu'elles devront attendre leur tour ! Arrivé à ce point, bien échauffé, le concurrent est prêt à affronter la suavité légendaire des fonctionnaires. Sourire doit être un motif de licenciement et cela se comprend : voir toute la journée des compatriotes hurler et se marcher les uns sur les autres pour obtenir un morceau de papier est un bien affligeant spectacle qui ne saurait inspirer la jovialité. La vitrine de plus de 4 000 ans de civilisation n'est pas reluisante...

 

  

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