"1,2 milliard de Martiens"

- Chap 11 : L'ami de l'extérieur -  

Benoît SAINT GIRONS

 

Laowai !”Laowai !” C'est porté par ces cris que l'étranger déambule dans les campagnes chinoises où les villes non-touristiques. Les gens se retournent sur son passage. Les gamins le montrent du doigt. Les paysans le scrutent, bouche grande ouverte, regard hébété. Un long nez qui marche, c'est un spectacle de rue à ne pas manquer. Qu'il s'arrête un instant et le voilà bientôt entouré d'une foule de curieux. Encore mieux que la télévision ! L'attitude est en tout cas la même : regard fixe, corps immobile, cerveau liquéfié. Ou que le zoo : encore un moment et ils vont lui balancer des cacahuètes. Mais la soif de connaissance reprend vite le dessus : on lui touche le bras, on examine sa pilosité, ses cheveux,... Le voilà promu cobaye de laboratoire. Est-ce qu'un être aussi étrangement constitué est doué de la parole ? On lui pose des questions. Incroyable ! Il comprend et il répond ! Il est de la planète France et vient en paix !

Peu d'étrangers visitent Datong, à une nuit de train à l'ouest de Pékin. C'est dommage car les grottes bouddhistes y sont magnifiques. Pour le reste, Datong est l'archétype d'une ville minière chinoise : noire et pauvre. Sur un terrain vague, une troupe de saltimbanques donne un spectacle pour une centaine de curieux. Je m'approche. Changement de programme ! Je deviens aussitôt la vedette d'un show bien plus amusant : le laowai en visite en Chine. C'est foutu pour prendre des photos discrètement ! Après la période d'observation et d'analyses, la conversation type démarre : - “De quel pays es-tu?” - “France” - “ Oh ! (d'admiration et d'exagération) Tu parles vraiment très bien le chinois ! Depuis combien de temps es-tu en Chine ?” - “Bientôt trois mois” - “ Oh ! (d'étonnement) cela fait seulement trois mois que tu parles chinois ! (Aux autres) Il parle vraiment bien n'est-ce pas ?” - “Non, j'ai commencé à étudier en France, cela fera un an en octobre” - “Comment es-tu venu en Chine ? Par avion ?” - “Oui, en vélo c'est un peu loin” - “Combien cela t'a-t-il coûté ?” - “A peu près 5.000 yuans l'aller-retour” - “Combien de jours pour venir ?” - “14 heures” - “Quel pays est le mieux : la Chine ou la France ?” - “Je suis français et donc je réponds la France mais il n'y a pas de pays idéal” - “La Chine est idéale” - “Non, il y a encore pas mal de problèmes mais vous vous développez très rapidement” - “Ah oui ! La France a beaucoup d'argent n'est-ce pas ?” - “La France est la quatrième puissance économique” - “Je peux aller avec toi en France?” - “C'est difficile : la France est un pays très cher et il y a le problème du passeport mais je pense que dans une vingtaine d'années, beaucoup de chinois pourront voyager” - (Sourire patriote) “C'est vrai, la Chine n'est pas chère” - “C'est logique : les salaires ne sont pas encore élevés” - “Combien est-ce que tu gagnes en France ?” - “Je ne travaillais pas, j'étais étudiant. Mais le salaire minimum est de 7.000 yuans environ” - “Par an ?” - “Non, par mois et si l'on ne travaille pas, le gouvernement nous donne environ 5.000 yuans par mois” - “5.000 yuans par mois sans travailler ? Ah vraiment, je veux aller vivre en France !” - “Le problème, c'est qu'avec 5.000 yuans, on ne vit pas très bien en France” - “Quel est le taux de change?” - “1 yuan correspond à 7 centimes environ” - “Ici, combien est-ce que tu dépenses par jour ?” - “En moyenne, 130 yuans par jour” - “C'est ton argent où celui de tes parents ?” - “Mon argent : j'ai travaillé deux ans à Hong Kong” - “Tu gagnais combien?” - “Beaucoup” - “Combien ?” - “30.000 yuans par mois” - “30.000 !?!?” - “Oui mais la vie à HK est très chère : mon logement me coûtait déjà 10.000 yuans” - “Ton appareil photo, tu l'as acheté à HK ?” - “Oui” - “Combien ?” - “1.500 yuans” - “Je te le rachète 300 yuans” - “Non merci, il n'est pas à vendre” - “Tu as des frères et soeurs ?” - “Trois frères” - “Trois ?” - “Oui. En France, le gouvernement favorise les familles nombreuses en donnant de l'argent. Ici, le gouvernement les décourage en donnant des amendes” - “Oui, notre système est différent...” 

Dans les lieux où les vaisseaux étrangers ont atterri depuis longtemps, le laowai excite évidemment moins la curiosité. A Pékin ou dans les endroits touristiques, ils font désormais parti du paysage et n'intéressent plus que les arnaqueurs de souvenirs et les gamins. Ces deux catégories le gratifieront d'un “Hello !” de principe : les premiers par avidité, les seconds par sociabilité. Les enfants ne sont en effet pas élevés dans la crainte de l'inconnu. A Shanghai, on les pousse à aborder les "longs nez" : ‑“Excuse me. May I practice my english with you ?” Le temps d'échanger quelques phrases apprises par coeur, le laowai sino-analphabète communique enfin avec la population autochtone. Il avait effectivement entendu de vagues rumeurs concernant les chinois anglophones mais, jusqu'à présent, les avait accueillis avec scepticisme : “Des chinois qui parlent anglais ? A d'autres !” Et les voilà devant lui, ces futurs interprètes ! D'accord, ils sont encore petits mais, comme on dit, il n'est jamais trop tard pour bien faire...

Lorsque les chinois ne sont pas pétrifiés de curiosité ou d'amusement, lorsqu'ils restent à distance acceptable (c'est à dire lorsqu'ils ne nous palpent pas avec leurs mains pleines de doigts) et lorsqu'un vocabulaire commun est employé, alors les chinois deviennent des gens charmants bourrés, mais vraiment bourrés, de qualités ! Il est très facile de se faire des amis chinois : il suffit de marcher dans la rue et de leur faire comprendre que l'on parle leur langue. Le chinois engagera la discussion (toujours la même) et offrira cigarettes et compliments. J'ai un problème ? Mon ami chinois fera tout son possible pour le résoudre. Je veux acheter quelque chose ? Il fera tout son possible pour le payer. J'ai envie d'être seul ? Il fera tout son possible pour m'accompagner dans ma solitude. Et une fois séparé, il fera tout son possible pour reprendre contact. Tant de sollicitudes de la part de quelqu'un que l'on vient à peine de rencontrer intrigue : va-t-il me faire "payer" son amitié ? A-t-il une idée derrière la tête ? Et bien pas toujours ! Il y a (si si) des chinois désintéressés. Enfin, si l'on entend par "désintéressé" une recherche immédiate de profit. Les chinois sont patients et toute amitié, tout contact est bon à prendre car susceptible de servir un jour ou l'autre. Un étranger pourra peut être les aider à sortir du pays, les aider à trouver un travail ou, plus modestement, les inviter au restaurant comme le font tous les vrais amis. Et si rien de tout cela n'aboutit, ils auront de toute manière passé un moment bien distrayant en compagnie de ces curieux personnages aux moeurs étranges. Gagnants à tous les coups ! Les laowai auraient donc bien tort de se méfier des amitiés chinoises. Sauf, bien sûr, lorsque l'histoire est trop belle pour être honnête...

Comme dans tout conte de fées chinois, la rencontre se fît dans les toilettes. Il tombait à point : je cherchais à la fois une nouvelle chambre et une nouvelle école. La trentaine passée, il se présenta comme un ancien moine et, de fait, avait une carte de visite impressionnante : chef instructeur des moines du Temple, membre de l'équipe "Tour du monde", acteur dans une dizaine de films,... Pas de doutes : j'avais trouvé la perle rare ! Son premier bienfait fût de me trouver une chambre. Juste à côté de la sienne, chez les sympathiques tenanciers d'un restaurant. 150 yuans par mois. - “Je n'aurai pas de problèmes avec la police ?”  - “Non non” -“J'imagine qu'une fois aménagée, elle fera l'affaire...” - “Pas de problème ! On va demain faire des courses !” Direction donc l'un des "grands" magasins de la ville voisine. Je lui laisse faire croire à la vendeuse qu'il achète pour lui et son épouse. Il ressort satisfait de ses négociations : “Je t'ai fait économiser plus de 200 yuans” Le voilà donc qui louche vers les Walkman : -­ “Qu'est-ce que tu en penses?” - “Je n'en pense rien du tout” et je file acheter un ventilateur. A mon retour, les Walkman se sont métamorphosés en jeux électroniques - ­“Combien ça coûte ?” - “40 yuans” - “On peut couper le son ?” - “Oui” - “OK. Pour te remercier, je t'en offre un. Mais c'est toi qui achètes les piles...” De retour à Shaolin, je fais mes comptes : jeu électronique, piles, déjeuner, dîner. Les économies sont à la baisse mais le service n'a pas de prix !

- “Pour ta nouvelle école, pas de problème : je suis le frère aîné (de Kung Fu) du professeur des étrangers de l'école officielle. Je vais t'obtenir un prix.” - “Il vaudrait mieux car je n'ai aucunement l'intention de débourser 20 US$ par jour !” - “Je vais lui demander de t'accepter pour 7 $ par jour.” Pourparlers... - “C'est d'accord : 7$ par jour. Il t'enseignera directement deux heures par jour et le reste du temps, tu t'entraîneras avec les autres étudiants.” - “Fantastique. Allons fêter ça en déjeunant !” J'ai en effet de quoi me réjouir : me voilà élève de l'école officielle pour une fraction du tarif (exorbitant) usuellement pratiqué. Rendez-vous est pris pour remettre l'argent... - “Je crois que nous sommes d'accord : je paierai au début de chaque mois” - “Absolument. Au fait, petit détail : tu ne t'entraîneras pas à l'école mais avec mes étudiants privés, à l'extérieur. Tu seras en quelque sorte mon élève particulier. Ça va ?” Difficile de refuser pareil honneur, surtout lorsqu'il est si habilement dévoilé  - “Euh... J'imagine que oui... Alors je commence demain ?” - “Demain 5h du matin” - “A demain...”

Me voila donc allégé de deux problèmes et de quelques billets. Mon ami profite de mon euphorie : “Le propriétaire demande que je lui paye son loyer. Peux-tu me prêter 200 yuans ?” - “Nous sommes bien d'accord : il s'agit d'un prêt !” - “Absolument, je vais te rédiger une reconnaissance de dettes” - “OK”  Et quelques jours plus tard : “J'ai un problème : mon frère a été arrêté par la police pour s'être battu. Je dois aller le chercher et j'ai besoin de 300 yuans.” Je venais de partager son déjeuner de fruits. Pouvais-je décemment refuser de l'aider ? En tout cas j'aurais du ! Car j'attends toujours le remboursement. “Ami au prêteur, ennemi au rendre” dit le proverbe. Mon ami a trouvé la parade pour ne pas développer d'animosité : il ne rend pas et déménage ! Logique chinoise sans doute...

Reconnaissons à la Chine de réels progrès : barrage de la langue mise à part, les chinois peuvent désormais converser avec des étrangers sans crainte de représailles et les laowai, Tibet mis à part, sont à peu près libres de circuler partout. Mais il y a toujours des sujets qui fâchent. Le premier concerne, nous l'avons vu, les rapports avec les chinoises. Autre motif d'agacement : les "ghettos" pour étrangers. Afin sans doute d'aider les prostituées à repérer les "riches" occidentaux (dans l'esprit chinois, il y a là redondance) seuls quelques hôtels sont habilités, dans chaque ville, à accepter les laowai. A Canton, cela faisait 10 minutes que j'étais dans ma chambre et déjà le deuxième coup de téléphone : “Bonsoir. Tu veux une fille ?” - “C'est compris dans le prix de la chambre ?” Si les hôtels ne sont pas les plus vétustes, ce ne sont pas non plus les moins chers : les deux lits avec T.V. et salle de bain se négocient selon les régions entre 50 et 200 yuans. La Chine n'est pas le pays préféré des routards...

- “Ouvrez ! Police !” On m'avait averti de ce genre de visites courtoises mais à 22h30 lorsque l'on est couché, cela surprend quand même. - “Vous ne pouvez pas rester ici : vous devez aller à l'hôtel !” Nous y voila : 150 yuans par mois, ce n'est pas assez pour un laowai. Il doit au moins payer le triple ! L'argument financier est en tout cas plus flatteur que l'excuse sexuelle également entendue : “Il va violer toutes les filles des autres chambres et doit donc être tenu sous étroite surveillance”. J'explique ma situation : “D'abord, il y a des étrangers qui n'ont pas beaucoup d'argent et ensuite, je ne tiens pas à séjourner avec les autres étrangers car je souhaite améliorer mon chinois. Donc, si je suis obligé d'aller à l'hôtel, je quitte Shaolin !” Les arguments portent : j'ai affaire à des fonctionnaires sympathiques. Test de ma lampe torche, examen de mon couteau suisse, écoute de mon Walkman,... C'est gagné! Ce ne sont plus des policiers mais des amis : ils vont me laisser tranquille ! Mais j'ai intérêt à ne pas faire trop de vagues...

 

Plus sérieusement...

Ecrivons le bien lisiblement : les chinois sont bien plus accueillants que les français. Essayez un peu de jouer au touriste non francophone à Paris ! Difficile après cela de reprocher aux chinois de ne pas maîtriser l'anglais : eux, au moins, font un effort ! Faire de l'argent sur le dos des étrangers n'est pas non plus une exclusivité chinoise : certains taxis parisiens en savent quelque chose. Quant au “laowai” crié à tout va (littéralement “vieux de l'extérieur” mais "vieux" étant une marque de respect, je le traduis librement par "ami") , c'est tout de même plus chaleureux que nos “Vla les touristes” ou “Tiens, regarde le niaquoué”.  A noter que l'appellation cantonaise de  gwailo” est moins "sympathique" puisque signifiant “diable blanc” (cette expression viendrait du fait que les occidentaux portent des vêtements serrés, comme les diables de l'opéra chinois).  Difficile aussi d'imaginer un français abordant un chinois pour lui demander des renseignements sur son pays tout en le complimentant de la qualité de son français désastreux ou l'accompagnant sur plusieurs centaines de mètres pour lui montrer le chemin ou lui trouver un hôtel.

C'est d'ailleurs fort simple : la plupart des touristes asiatiques trouvent notre capitale fort belle mais nos parisiens fort peu aimables ou serviables. Si Paris est la première destination touristique au monde, elle ne le doit donc pas à ses habitants.  La Chine, au contraire, aurait fort peu d'intérêt sans les chinois : ce sont eux et non la "Grande Muraille" ou la Cité Interdite qui rendent un séjour en Chine inoubliable. Enervants, irritants, souriants, sympathiques, distants dans les grandes villes, "collants" dans les campagnes, chaleureux, affables, curieux ou trop curieux : ils ne laissent personne indifférent.

En général, les chinois apparaissent également bien moins intéressés et quémandeurs que la plupart des autres pays en développement d'Asie, Inde en tête : demander de l'argent ne fait pas partie des traditions culturelles chinoises. Le gagner en travaillant, si. Par contre, faire preuve de générosité à l'égard d'un inconnu "sympathique" puisque parlant chinois est chose courante. En fin de compte, on "reçoit" au cours d'un séjour sans doute plus que ce que l'on "donne", crachats et arnaques dans les magasins exceptés. Cela méritait d'être signalé. Quant aux "amitiés financières", elles existent aussi en France mais coûtent en général bien plus cher. J'en ai fait dernièrement l'amère expérience...

 

Survivre en Chine...

- Les chinois ont envahi le Tibet, massacré les tibétains et brûlé les Temples ? Non répondent les chinois : ils ont libéré les Tibétains d'une société de servage où les propriétaires avaient droit de vie ou de mort (sans oublier le droit de cuissage) sur leurs administrés. Et d'abord le Tibet est chinois depuis le XIIIème siècle ! Et ensuite les temples ravagés le furent surtout durant la Révolution Culturelle et nous les avons reconstruits ! Quant au Dalaï-lama, c'est une marionnette aux mains de puissances étrangères qui a, je cite : “(...) commis de nombreuses diableries qui trahissent aussi bien les objectifs religieux que les principes Bouddhistes (...) Le Dalaï-lama est le principal obstacle à un Bouddhisme Tibétain harmonieux (...)” (1)

- Les tanks ont écrasé des milliers d'étudiants sur la place Tiananmen ? Non affirment les chinois (et M. Alain  Peyrefitte) : les 300 morts officiels ont eu lieu autour de barricades et parce que certains étudiants ont lancé des cocktails molotov sur des chars, tuant plusieurs soldats. Et d'abord la répression était nécessaire pour assurer la stabilité du pays ! Et ensuite  ‘‘En Chine, en cas d'émeute, un chef qui ne tue pas n'est pas un chef” (2)

- Taiwan ? S'il y a un sujet qui fâche, c'est bien celui là : les chinois ne supportent pas l'ingérence de quiconque dans ce qu'ils considèrent être une affaire strictement interne. Taiwan fait partie de la Chine et reviendra un jour à la mère patrie, point final !  Et si tensions il y a, elles sont la conséquence de l'attitude irresponsable de quelques indépendantistes !

- Les atteintes aux droits de l'homme ?  Voici la réponse que fît le Premier ministre Li Peng à M. Peyrefitte : “ La conception qu’on se fait des droits de l’homme varie selon les régimes et les sociétés. La Constitution chinoise définit les droits fondamentaux des citoyens. Les prétendus droits de l’homme qui sont contraires aux lois ne sont plus des droits de l’homme. Cela ne signifie pas que notre Constitution soit parfaite, ni que les droits fondamentaux concernant nos concitoyens et la vie de notre peuple soient excellents, ni qu’il ne faille rien améliorer dans ces textes. Mais ce sont les textes qui s’imposent à nous jusqu’à nouvel ordre.”  (3)

- L'absence de démocratie ? Saviez-vous que les élections locales se font depuis 15 ans au suffrage universel ? Et d'abord qu'est-ce que vous appelez démocratie ? Vous dîtes que l'Inde est une démocratie alors que tout le monde sait que le système est corrompu : les élus achètent le vote des paysans !

 

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(1) Extraits d'un article du magazine "Beijing Review" (10-16 mars 1997) “Facts depicting a real Dalai Lama”.
(2) Propos d'un romancier chinois vivant en France à l'intention de M. Peyrefitte "La Chine s'est éveillée" Op. cit.
(3) "La tragédie Chinoise" de M. Peyrefitte. Editions Fayard, 1990.


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